Kasaï-Central : le cri de détresse des « invisibles » de la SNEL

À Kananga et Mweka, dans la province du Kasaï-Central, des dizaines de travailleurs de la Société Nationale d’Électricité (SNEL) dénoncent leurs conditions de travail précaires. Employés comme journaliers depuis plusieurs années, ces agents assurent pourtant des missions essentielles au fonctionnement du réseau électrique local.

Face à cette situation qu’ils qualifient d’injuste, ces travailleurs ont décidé d’interpeller directement le Chef de l’État, Félix Tshisekedi, à travers un mémorandum afin de solliciter une régularisation de leur statut.

Un déséquilibre administratif préoccupant

Selon les informations contenues dans leur mémorandum, la direction provinciale de la SNEL dans le Kasaï-Central souffre d’un déficit structurel important en personnel permanent.
Sur un organigramme prévoyant 145 postes, seuls 13 agents disposent d’un matricule officiel et d’un statut permanent. Ainsi, près de 91 % de la main-d’œuvre serait composée de journaliers.
Ces travailleurs, bien que responsables de l’exploitation des centres thermiques et de la maintenance du réseau électrique, évoluent en dehors du cadre légal prévu par le Code du travail congolais, qui limite normalement la durée du travail journalier à une période temporaire.

Des années de service sans garantie d’emploi

Plusieurs prestataires affirment cumuler jusqu’à sept ans de service continu sans être mécanisés ni bénéficier d’un contrat stable.
Cette situation entraîne plusieurs conséquences :
• Insécurité financière : absence de salaire fixe, avec des primes versées de manière irrégulière ;
• Absence de couverture sociale : en cas d’accident sur le réseau électrique, ces agents ne bénéficient pas d’une prise en charge adéquate ;
• Aucune garantie pour la retraite : les années de travail ne sont pas comptabilisées auprès de la Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS).

Une promesse restée sans suite

En 2023, une mission conjointe du ministère du Portefeuille et de la direction générale de la SNEL s’était rendue dans la province pour examiner la situation. À l’issue de cette mission, la mécanisation des agents journaliers avait été évoquée comme une solution.

Cependant, plus d’un an après, le dossier semble toujours bloqué dans les circuits administratifs à Kinshasa, laissant les travailleurs dans l’incertitude.

Un enjeu social et énergétique

Au-delà de la dimension sociale, cette crise pose également la question de la stabilité du réseau électrique dans la région.
La précarité du personnel pourrait entraîner une démotivation progressive des techniciens, voire le départ de certains vers le secteur privé, aggravant ainsi la pénurie de main-d’œuvre qualifiée.

Dans une province présentée comme stratégique pour les projets de développement du gouvernement, la situation des travailleurs de la SNEL apparaît comme un défi majeur à relever.

L’appel au Chef de l’État

À travers leur mémorandum, les journaliers demandent une régularisation de leur situation conformément aux lois de la République, notamment par la transformation de leurs années de prestation en Contrats à Durée Indéterminée (CDI).

Pour ces travailleurs, seule l’intervention du Chef de l’État, Félix Tshisekedi, pourrait permettre de débloquer ce dossier et offrir enfin une perspective de carrière stable à ceux qui assurent quotidiennement la fourniture d’électricité dans la province.

Gloire Tshipapa | equateurnews.cd