À Ngandajika, au Kasaï, Une image largement relayée sur les réseaux sociaux ravive une page sombre et douloureuse de l’histoire du Kasaï. Elle renvoie au drame de Tshiyamba, une jeune fille vierge, enterrée vivante dans le territoire de Ngandajika, sacrifiée au nom de la paix entre deux communautés en conflit : les Bakwa Mulumba et les Bena Mpiana.
À l’époque des faits, les tensions entre ces deux peuples avaient atteint un niveau extrême. Les affrontements étaient récurrents, meurtriers, et aucune médiation ne parvenait à enrayer la spirale de la violence. La haine avait remplacé la parole, et les représailles s’enchaînaient sans fin.
Face à l’impasse, les autorités coutumières des deux camps finirent par engager un dialogue approfondi. Après de longues discussions, un accord de paix fut finalement trouvé. Mais selon les croyances traditionnelles alors en vigueur, cette paix ne pouvait être durable sans un sacrifice humain, censé la protéger spirituellement contre toute tentative de rupture.
Le choix se porta sur Tshiyamba.
Jeune esclave, vierge, reconnue pour sa docilité et son respect, elle incarnait, aux yeux des décideurs coutumiers, la « pureté » requise pour ce rituel. Son innocence, loin de la sauver, la condamna. Conduite vers le lieu du sacrifice, Tshiyamba pleura et cria, implorant une pitié qui ne viendrait jamais. La décision était déjà scellée.
Elle fut enterrée vivante.
Selon les récits transmis de génération en génération, avant que la terre ne referme définitivement son souffle, Tshiyamba aurait prononcé des paroles lourdes de sens, chargées de douleur et de vérité. Des paroles qui, aujourd’hui encore, continueraient de hanter la mémoire collective du Kasaï, comme une blessure jamais refermée.
La paix entre les Bakwa Mulumba et les Bena Mpiana fut ainsi conclue.
Mais elle le fut au prix d’une vie innocente.
Ce drame n’est pas un cas isolé dans l’histoire du pays. Il rappelle d’autres pratiques anciennes rapportées dans différentes régions de la République démocratique du Congo, notamment autour du volcan Nyiragongo, à Goma. Lors des éruptions volcaniques, interprétées comme la colère des dieux, des petites filles vierges, parfois âgées de huit à dix ans, étaient jetées dans la lave afin d’apaiser les forces invisibles.
Ces actes, aussi choquants soient-ils aujourd’hui, s’inscrivaient dans un contexte de peur, d’ignorance et de croyances profondément enracinées, où l’innocence humaine servait de monnaie pour acheter la paix ou la protection.
Cependant, à l’ère actuelle, ces récits interrogent avec force la nécessité pour l’Afrique de repenser certaines pratiques traditionnelles et de confronter son passé sans complaisance. La paix ne peut plus être bâtie sur le sang des innocents, et la mémoire collective mérite une purification sincère.
Tshiyamba n’était ni un symbole ni un mythe.
Elle était une jeune fille, une vie fauchée, dont l’histoire continue de rappeler le prix humain de certaines traditions.
Gloire Tshipapa












