<<Monsieur le Président, cette jeunesse est prête à vous accompagner jusqu’à la fin de votre mandat.>> C’est devant des jeunes réunis au point de chute de la marche organisée ce 12 août à Kinshasa que la ministre de la Jeunesse, Grâce Kutino, a tenu ces propos, au terme d’une mobilisation présentée comme une étape de la campagne « Oui, je le veux ».
Cette campagne lancée par la ministre vise notamment à faire parvenir au Président de la République un message présenté comme celui de la jeunesse congolaise : l’acceptation d’un changement de la Constitution.
Dans son intervention, Grâce Kutino a également appelé le chef de l’État à accorder davantage de place aux jeunes dans les sphères de décision, à favoriser l’emploi et l’entrepreneuriat. Elle a plaidé pour un Congo refondé et sécurisé, un dialogue guidé par l’intérêt national ainsi qu’une Constitution répondant davantage aux aspirations de la jeunesse.
Mais derrière ce discours se pose une question essentielle : qui a donné mandat à la ministre de parler au nom de toute la jeunesse congolaise ?
Une consultation contestée
La ministre affirme avoir consulté les jeunes des 26 provinces et soutient que ceux-ci auraient clairement exprimé leur adhésion au changement constitutionnel.
Une affirmation qui fait pourtant débat.
Dans plusieurs milieux de jeunes, cette prétendue consultation est contestée. Des voix s’élèvent pour dénoncer une démarche qui, selon elles, ne permettrait pas d’établir que l’ensemble de la jeunesse congolaise aurait effectivement été consulté et encore moins qu’elle aurait unanimement répondu « oui ».
La question devient alors celle de la représentativité : quel échantillon de jeunes a été consulté ? Dans quelles conditions ? Quels étaient les critères de cette consultation ? Et comment les résultats ont-ils été établis ?
Autant de questions auxquelles la campagne « Oui, je le veux » n’apporte pas, à ce stade, de réponses suffisamment claires.
Une marche qui ne fait pas l’unanimité
La marche organisée ce 12 août devait précisément donner une illustration concrète de cette mobilisation de la jeunesse en faveur du changement constitutionnel.
Pour ses initiateurs, la présence de jeunes dans les rues constitue un signal adressé au chef de l’État.
Mais là encore, la mobilisation ne saurait automatiquement être assimilée à l’expression de toute la jeunesse congolaise.
Une partie des jeunes présents peut soutenir le changement constitutionnel. D’autres peuvent y être opposés ou simplement ne pas considérer cette question comme leur priorité. Et certains peuvent même contester la manière dont cette campagne prétend parler en leur nom.
« De quelle jeunesse parle-t-on ? »
C’est précisément là que se situe le cœur du débat.
La jeunesse congolaise est diverse. Elle comprend des étudiants, des entrepreneurs, des chômeurs, des travailleurs, des acteurs associatifs, des militants politiques, des artistes et des millions de jeunes confrontés quotidiennement aux difficultés économiques et sociales.
Tous n’ont pas nécessairement la même opinion sur l’avenir constitutionnel du pays.
Présenter une position politique comme celle de « la jeunesse congolaise » suppose donc une démarche suffisamment inclusive pour intégrer également les voix divergentes.
Or, lorsque des jeunes affirment ne pas se reconnaître dans les résultats de la consultation évoquée par la ministre, le débat sur la représentativité devient inévitable.
La jeunesse doit-elle seulement dire « oui » ?
Au-delà du débat sur la Constitution, une autre question mérite d’être posée : quel rôle veut-on réellement donner à la jeunesse dans le débat national ?
La jeunesse ne devrait pas être uniquement mobilisée pour applaudir, marcher ou valider une orientation déjà définie. Elle doit aussi pouvoir questionner, proposer, contester et dire non lorsque ses convictions l’y conduisent.
Si la campagne « Oui, je le veux » veut véritablement porter la voix de la jeunesse, elle devrait être capable de démontrer que cette voix est plurielle et que les opinions divergentes ont également été entendues.
Car le véritable enjeu n’est pas de savoir si quelques milliers de jeunes ont marché le 12 août.
Il est de savoir si les millions de jeunes Congolais, y compris ceux qui ne se reconnaissent pas dans cette campagne, ont réellement été consultés et entendus.
La question reste donc entière : Grâce Kutino parle-t-elle au nom de la jeunesse congolaise ou au nom d’une partie de celle-ci ?
Une chose est certaine : en démocratie, aucune génération ne devrait être présumée unanimement favorable à une réforme politique sans que sa voix ait été librement et véritablement recueillie.
Rédaction | equateurnews












